En quoi l’alpinisme est-il menacé concrètement ?
Les pratiques de la montagne et de l’alpinisme ont évoluées et se sont diversifiées, fragmentées, notamment depuis les deux dernières décennies. Ces transformations ont des implications dans différents domaines : aménagement de la montagne, sécurisation par la suppression du risque, marchandisation de la montagne et transformation des valeurs associées à l’alpinisme.
Comment concrètement se traduisent ces évolutions ? Un participant des Cafés Montagne a cité la mise en place d’un parking payant obligatoire pour atteindre le Pont d’Espagne et le lac de la Gaube dans les Pyrénées.
Avez vous d’autres exemples concrets qui pourraient illustrer les transformations des pratiques de la montagne et de l’alpinisme ?
Beaucoup parmi les alpinistes d’hier qui ont survécus à l’hécatombe des années 65 à 85, préfèrent aujourd’hui les couennes aux grandes voies engagées, c’est à dire lézarder au soleil des pieds des voies quitte à taper un essai forcément stressant de temps en temps, plutôt que de s’échiner des heures durant sur une arête qui n’en finit pas, ou dans une face paumatoire à souhait ou embarqués dans une descente à l’ancienne interminable et dangereuse !
On avait des alpiniste un peu forçats ou gladiateurs selon qu’on les imaginait masochistes ou audacieux tel Gervasutti, on a maintenant des gymnastes acrobates un peu fumiste, un peu exhibitionnistes en tout cas hédonistes.
Je serais curieux de connaître la proportion des grimpeurs et celle des alpinistes dans le Caf ou la FFME.
D’ailleurs Bonatti n’a-t-il pas terminé sa grandiose carrière dès 35 ans ! Et Messner !?
A propos du site du Pont d’Espagne et plus largement, de la marchandisation des sites de pratique…
Dans le cadre de ma thèse j’ai été amenée à décortiquer le projet de parking payant au Pont d’Espagne et plus je fouille, moins je sais quoi en penser donc je pensais livrer ici quelques éléments pour le débat. En effet il y a de multiples façons de voir ce projet. Certains sportifs diront « on nous prend pour des vaches à lait ». Après entretien avec les décideurs de l’époque il semble que cet aménagement ait été nécessaire vu la fréquentation (souvent taxée d’anarchique) que connaissait le site. Il ne s’agissait pas vraiment de clientélisme étant donné que l’ensemble de l’équipe municipale s’est fait virée aux élections suivant la mise en oeuvre du projet. Il ne semble finalement pas tout à fait d’une opération fructueuse puisque 15 ans après, les aménagements n’ont toujours pas été amortis. Les décideurs regrettent que le site soit payant car cela pèse dans l’assiette touristique et les personnes qui payent pour se rendre à cet endroit dépensent d’autant moins d’argent dans la vallée. Peut-être ont-ils vus trop grand ?! Ce qui est sur, c’est que le projet a été décidé de manière TOP-DOWN en local. Les habitants n’ont eu que peu d’interstices d’expression (et dès qu’ils en ont eu un, lors des élections, on a vite compris leur point de vue) et cela est regrettable car certaines activités semblent avoir été évacuées de la réflexion, notamment le ski de rando puisqu’il n’existe pas de parcours pour se rendre au Refuge Wallon-Marcadeau sans passer par les pistes de ski de fond… Le site a été pensé pour 2 choses : l’aspect environnemental, qui trinquait lorsque la circulation et le stationnement n’étaient pas organisés, et l’aspect récréatif pour le plus grand nombre, soit les promeneurs pour qui un réseaux de sentiers de proximité a été élaboré, une télécabine pour les personnes à mobilité réduite a aussi été construite avec derrière l’idée que cet aménagement en étage (équipement maximal en bas) pourrait permettre de ménager le haut du site. Aujourd’hui 95% des usagers du sites semblent enchantés de l’équipement. Mais qu’en est-il des gens qui ne viennent plus ? Quelle proportion représentent-ils ? Si, vous en êtes, j’aimerais avoir votre opinion !
Question : Un aménagement visant à ménager l’environnement est-il concevable ou n’est-ce qu’une façade pour défendre d’autres intérêts ?
Comment une concertation sur ces thématiques peut-elle être menée à l’échelle d’une vallée, d’une région, pour toucher tous les acteurs intéressés ?
Une concertation est-elle légitime quand l’état naturel d’un site est menacé ou n’est-ce pas là une situation dans laquelle les décideurs doivent agir au delà de l’opinion (sorte de « raison d’état) ?
Comment ressentez vous le « diktat des écolos » dans votre pratique de l’alpinisme ?
Claire Tollis
L’option montagne du lycée Ferdinand Buisson de Voiron, crée en 1994 est entrain de disparaitre ! Ses objectifs étaient de toucher des jeunes jusque là pour la plus part loin de la culture montagne et les amener à pratiquer et apprendre les règles de sécurité en escalade, ski de randonnée, cascade , alpinisme, canyon, rando pédestre. Apprendre les règles mais aussi découvrir sa région et ses possibilités d’aventure, prendre conscience des dangers (rarement exposés dans les vidéos de free ride qui nourrissent les reves d’ados).
Malheureusement, cette option montagne est vouée à disparaitre, par décision du rectorat de Grenoble, par principe de précaution, considérant que les sports à risques ne pouvaient plus être enseignés et notés dans le cadre Education Nationale…
Nous espérons que cet évènement fera réagir les esprits…
Pour visionner la lettre des parents d’élèves (PEEP) du lycée de Voiron au recteur de l’académie de Grenoble, cliquez ici.